Solidaires des enfants ukrainiens réfugiés à Marseille

Alina a 7 ans. Depuis le 4 avril, sa nouvelle maison est le navire « La méditerranée » de la Corsica Linéa, après avoir dû fuir l’Ukraine au début de la guerre. Comme elle, ce sont 800 personnes, dont 200 enfants, qui vivent sur ce bateau amarré au port de Marseille. Pour égayer leur quotidien et faire vivre la solidarité, les territoires Scouts et Guides de France des Alpes Provence et de Marseille ont mené une action conjointe pour proposer une journée d’activité, le 23 avril dernier, à tous les enfants qui le souhaitaient.

Une organisation « à la scoute »

Le projet est né grâce à un équipier de groupe Scouts et Guides de France de la 4ème Aix (13), qui a l’idée de proposer des animations aux jeunes à bord. Une première rencontre organisée avec la préfecture et le commandant de bord, a révélé un réel besoin : rien n’était encore organisé pour les jeunes de plus de 8 ans. Une organisation à distance s’est alors mise en place. Première surprise : lors du tour de table, le commandant du bateau est présent et partie prenante du projet, ayant lui-même ses enfants chez les SGDF. Des commissions s’organisent, les jeunes sont répartis par tranches d’âge et la réflexion pour mettre en place les animations progresse.

Une confiance accordée par les parents

Les Scouts et Guides de France le savent bien, la confiance des parents est la base d’un scoutisme de qualité. Dans ce contexte, elle était primordiale. Les familles ont dû fuir un pays en guerre, et résident maintenant dans un pays d’accueil dont ils ne connaissent ni la langue, ni la culture. Dans un premier temps, les familles hésitaient à confier leurs enfants à des inconnus. Pour tisser des liens, l’équipe d’organisation a pu monter à bord rencontrer le commissaire ainsi qu’une membre du Grouppe SOS (association française spécialisée dans l’entrepreneuriat social), qui a permis de faire l’intermédiaire avec les parents.

Le fait que ce soient les scouts qui organisent cette journée a aussi facilité cette confiance, car certaines des familles ont été membres de mouvements scouts en Ukraine. C’est le cas de Milena, 17 ans, qui a proposé de donner un coup de main à l’organisation : « au début, j’étais surprise que les scouts proposent ce genre d’activité, puis en y réfléchissant, je me suis dit que je pouvais aider ». Comme elle, 8 jeunes femmes vivant sur le bateau ont aidé à créer ce lien et des animations qui ont permis aux volontaires de participer au projet.

Un défi relevé : la barrière de la langue

« Dès le début de cette action, nous savions que la barrière de la langue serait difficile » explique Emma, chargée de mission dans l’équipe nationale communication et participante à la journée. « Dans un premier temps, c’est la communication avec les parents qui a été le principal défi. Et, parce que c’est toujours trop simple quand tout se passe bien, nous avions évidemment imprimé les autorisations parentales en français au lieu de celles en ukrainiens… Les jeunes filles ukrainiennes ainsi que 4 interprètes, mis à disposition par la Corsica Linéa, nous ont bien aidées à faire le lien avec les familles et à régler ces derniers détails.

Une fois la journée commencée, nous improvisons un mélange entre ukrainien, anglais et gestes… Et on voit rapidement que ce sont les enfants entre eux qui ont le moins de mal à communiquer. En effet quelques farfadets (6/8 ans ans), louveteaux et jeannettes (8/11 ans) étaient présents et ont vite trouver le moyen d’échanger pour faire passer leurs stratégies de jeux ou leurs meilleures techniques d’origami. »

Une journée pluvieuse mais heureuse.

Du coté des Scouts et Guides de France, ce sont une vingtaine d’adhérents se sont mobilisés, des farfadets (6/8 ans) aux délégués territoriaux (cadres responsables d’un territoire), en passant par des équipiers de groupes, chefs et cheftaines, équipiers nationaux…

Même si le temps n’était pas au beau fixe, la journée a été marquée par les rires et la joie. Le matin, les chorégraphies sur des musiques françaises et ukrainiennes ont fait danser petits et grands. L’après-midi a été rythmée par différents jeux proposés : tomate, balle aux prisonniers, ateliers dessin, parcours du combattant, jeux de cartes… Des jeux qui peuvent paraître très basiques, mais qui, avec la différence de culture et de langue ont été de réels défis à relever. Une bonne façon aussi de remettre en question ses pratiques ! Des sourires, des glissades, des rires, des jeux… En résumé, une vraie journée scoute permettant à une cinquantaine d’enfants de 6 à 17 ans de sortir de leur quotidien et d’oublier pendant un moment les épreuves qu’ils avaient vécues.

Après cette journée, bien d’autres projets sont déjà en réflexion comme celui d’une autre journée d’animations, celui d’accueillir les enfants réfugiés qui le souhaitent dans des groupes scouts marseillais, ou encore de proposer aux jeunes extérieures au mouvement et venus aider pour cette journée de se former au BAFA. De belles perspectives pour continuer à semer du scoutisme et de la solidarité, au plus près de ceux et celles qui en ont besoin.