Au second tour de la présidentielle, un choix de société à poser

Le 20 avril, Marie Mullet-Abrassart, présidente des Scouts et Guides de France, s’est adressée à l’ensemble des responsables de l’association avant le second tour de l’élection présidentielle 2022.

« Pour la troisième fois en vingt ans, le premier tour de l’élection présidentielle pose un choix qui ne se contente pas d’amener un débat projet contre projet mais un débat qui pose la question d’un choix de société.

Notre association n’est pas une association partisane. C’est une association politique. A travers la méthode scoute elle éduque les enfants et les jeunes à construire des opinions, un esprit critique, à comprendre le monde qui les entoure.

Notre promesse pose un cadre d’éducation à la Paix, à la Citoyenneté, et à la rencontre interculturelle. Nos valeurs, notre projet, nos activités éducatives font de nous un acteur de la construction d’un monde plus juste, plus apaisé où la fraternité, la protection de l’environnement et de la planète, le respect de chacune et de chacun ne sont pas que des mots. Chacun de nos actes de scout, de guide, porte cet engagement et ces valeurs. La fidélité que nous avons aux valeurs du scoutisme, aux convictions qui le forgent, nous pousse à défendre ces valeurs lorsque des politiques peuvent les battre en brèche.

Nous venons de voter notre plan d’orientation 2022-2028 : « Ensemble, pour le Monde, libérons nos énergies ».  

Nous affirmons dans son préambule : « Pour faire face aux crises de notre monde nous avons besoin de partager notre espérance et de créer un pouvoir d’agir collectif : cela passe par l’éducation. Celle des filles et des garçons qui deviennent des citoyens, des éclaireurs dont la société de demain a besoin : humbles, généreux, positifs, compétents et informés, influents et sachant être à l’écoute ».

Nous ne pouvons pas éluder les indignations réelles de 2022 seulement parce qu’il faudrait voter « contre » plutôt que « pour ». Nous ne pouvons pas éluder le fait que les responsables politiques ne prennent pas assez la mesure de ce dont notre jeunesse, nos enfants, ont besoin pour grandir dans un monde qui leur permet de se construire une personnalité dans un cadre social protecteur et enthousiasmant. Nous ne pouvons mettre de côté celles et ceux dont la voix ne porte pas ou celles et ceux qui l’ont perdue à coup de trop de déceptions et d’usure.

Nous ne pouvons éluder mais nous pouvons agir : chaque vote compte. Chaque choix compte. Pas uniquement à l’élection présidentielle. A chaque fois que l’on vous demande votre avis. A chaque fois que l’on essaye de comprendre ce qui fragmente notre société et qu’on retisse, fil après fil. A chaque fois que vous agissez dans votre vie quotidienne en fonction de vos valeurs et de vos rêves, vous votez pour le monde dans lequel vous voulez vivre.

Le vote de dimanche prochain ne peut se suffire à lui-même, mais il est absolument nécessaire contre un projet qui enferme, qui stigmatise, qui rejette la diversité des pensées et des cultures, loin des valeurs universelles et européennes qui fondent notre scoutisme.

S’abstenir c’est refuser de choisir et renvoyer dos à dos ce qui n’est pas de même nature.

Voter contre un projet, ce n’est pas donner un blanc-seing au candidat qui s’y oppose.

C’est d’abord marquer un refus.

C’est aussi engager une responsabilité pour la suite et nous saisir à notre niveau de ce que nous disent ces résultats sur l’état de la jeunesse, ses inquiétudes, ses colères, ses craintes, ses envies, ses rêves et ses besoins.

Se saisir de leurs indignations pour bâtir, pas pour exclure.

Ce vote peut donc demander des comptes, engager la suite, mais il se veut faire le choix d’un monde ouvert, qui porte la liberté de penser, d’agir, de décider, dans un dialogue qui reste ouvert au désaccord. Il se veut faire le choix d’une laïcité, celle de notre République, qui garantit la liberté de croire, et de ne pas croire, de pratiquer sa religion, librement, en privé et en public, dans le vivre ensemble.

« Scouts et Guides de France, nous accueillons l’appel de notre monde qui a soif de solidarité, de tolérance et de paix, dans le respect des cultures et des religions. » Paroles d’engagement

Dimanche, c’est un choix de société que nous engageons mais c’est une responsabilité que nous prenons également : comprendre ce qui s’est passé, agir différemment, travailler plus sur les attentes d’une partie de la jeunesse qui ne se retrouve dans rien ou qui ne se retrouve dans aucun des deux programmes. Travailler à comprendre pour mieux répondre et pour qu’il n’y ait pas de quatrième fois. Être comptable de cela c’est décider collectivement que ce vote nous engage tous et toutes.

La vie citoyenne est faite de choix, celui-ci, il me semble, doit porter l’espoir que nous pouvons changer le monde. »

Marie Mullet-Abrassart, présidente