4 filles, 4 semaines de camp, 4 centres Emmaüs

Clotilde, Emmanuelle, Ophélie et Solène voulaient vraiment monter un projet solidaire d’envergure en tant que compagnons (17-21 ans). En période de covid, s’embarquer dans une telle aventure nécessite une bonne dose d’imagination pour s’adapter aux contraintes sanitaires !

« La solidarité, le partage, c’est à nos portes : pas besoin d’aller au bout du monde » explique Ophélie. « Nous nous sommes rapprochées d’Emmaüs ; nous avons découvert qu’ils étaient présents en Europe et pas seulement en France ; nous avons donc contacté différents centres afin de nous rendre sur place pour aider. Comme nous sommes ambitieuses, nous avons décidé d’emblée d’en faire une vidéo qui serait utile à cette association. ».

Choisir un mode de transport durable

Première étape : établir le plan de voyage, pour vivre un camp en itinérance. Ce sera Dunkerque, Bruxelles, Tegelen aux Pays Bas puis Krefeld en Allemagne. Décidées à partir à vélo (par souci écologique, bien sûr), elles ont vite réalisé que ce n’était pas réalisable, en raison des distances ; c’est donc en train qu’elles se sont rendues successivement dans ces 4 centres. Et « passer 4 frontières ensemble par temps de Covid, ça soude ! » ajoutent-elles en chœur.

Une semaine dans chaque centre pour des actions tous azimuts

« Nous voulions vivre le dépaysement, mais on ne s’attendait pas à ce que ce soit si fort, tout près de nous… » expliquent les filles. L’organisation était similaire dans chaque centre. Le programme de la journée était établi lors de la réunion du matin : aide au magasin de seconde main, ramassage des invendus dans les supermarchés, aide à la vente comme à l’organisation du magasin et travail au potager. « En Allemagne, nous avons aussi participé au débarras de maisons et donc au tri de ce qui pouvait être vendu ou devait être jeté. « 

Allier simultanément bénévolat et tournage n’a pas toujours été aisé. « On a aussi privilégié la rencontre, parfois au détriment de la vidéo, mais c’était bien comme ça. » ajoute Ophélie. « Nous avons beaucoup appris des gens qui étaient dans les centres, des compagnons Emmaüs, bien souvent rejetés du système, comme des responsables bénévoles ».

Dunkerque, et Calais…

Cette étape les a spécialement marquées : « nous avons distribué de la nourriture dans la jungle de Dunkerque et avons été heurtées par les conditions de vie des migrants. Et, malgré tout, la joie de ces gens qui nous souriaient, qui nous saluaient très gentiment n’a cessé de nous étonner. Comme de savoir que ces personnes avaient quitté leur pays au péril de leur vie… Nous avons pu un peu parler avec certains d’entre eux, mais avons très vite ressenti non seulement la barrière de la langue mais aussi la différence culturelle. »

A Calais, les 4 volontaires ont aidé en amont à la préparation de la nourriture, et découvert avec stupéfaction les mesures mises en place en ville et autour, en particulier les barbelés le long de l’autoroute menant au port… « Le contact avec des enfants qui ont fui leur pays a été également très fort. Surtout par la façon dont ils nous racontaient, de manière anodine pour eux, des événements liés à la fuite de leur pays… »

Des moments forts et inattendus

« L’expérience de la vie communautaire a été vraiment enrichissante » soulignent-elles. Elles ne s’y attendaient pas du tout et cette découverte leur a permis de s’interroger sur leur style de vie, plus individualiste. A Bruxelles, les dix membres de la communauté de la Poudrière, qui vivaient entre eux un lien particulièrement fort au quotidien, ont cependant vite accepté ces 4 jeunes filles : à l’occasion d’un anniversaire, la communauté leur a demandé de dresser la table, signe de leur intégration. « Nous avons alors compris que c’était un cadeau qu’ils nous faisaient car c’était très important d’avoir une jolie table pour cette occasion particulière ; nous avons donc choisi des serviettes de jolies couleurs, disposé des fleurs… Nous avons toutes été très émues lorsqu’ils ont chanté le chant d’anniversaire, un chant particulier de la communauté ; c’était impressionnant, très beau ; en retour, nous avons chanté un canon, c’était le moins qu’on puisse faire ! ».

Témoigner et partager

Pour leur troisième temps, Clotilde, Emmanuelle, Ophélie et Solène sont toutes cheftaines et ont à cœur de transmettre à leur façon cette forte expérience. « Rendre compte de la nécessité de la solidarité, mettre davantage d’écologie dans nos vies : nous avons bien sûr envie de transmettre tout cela aux jeunes. Nous sommes heureuses d’avoir pu vivre ce projet qui est cohérent avec les valeurs des Scouts et Guides de France. » Leur dernier défi pour boucler cette aventure : finaliser la vidéo afin qu’Emmaüs puisse l’utiliser : « on va y arriver ! » concluent-elles.