« J’utilise ma casquette de scout pour mobiliser les énergies solidaires »

80 000 repas solidaires distribués aux personnes sans-abris. C’est le beau bilan de l’association Buncoeur Damoclès, créée il y a tout juste un an par Pierre, chef des 11-14 ans au sein des Scouts et Guides de France. Un double engagement qui lui permet de réunir les énergies pour faire face au défi brûlant de la solidarité. Entretien. 

Comment est né ce projet de l’association Buncoeur Damoclès ?

J’ai d’abord commencé les maraudes tout seul à 15 ans, j’allais voir les gens dans la rue pour leur parler et leur donner à manger. Et 2 jours seulement après mon 16ème anniversaire, qui est l’âge légal pour participer à ces actions solidaires, j’ai rejoint une association. J’y ai rencontré Marina, une femme incroyable, mais qui a tellement donné son temps pour les autres qu’elle en est tombée malade. C’est alors que j’ai réalisé qu’il fallait aussi savoir prendre du recul car c’est parfois très dur pour le moral. J’ai alors décidé de créer ma propre association avec Kamel, qui est aujourd’hui le président de Buncoeur Damoclès, pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin.

Nous avons d’abord utilisé un hangar (qui se trouve au-dessus d’un bunker, d’où le nom de l’association) où nous avons lié l’utile à l’agréable en organisant des soirées techno dans le but de financer nos maraudes. Depuis le début de la crise sanitaire et sociale liée à la Covid-19, nous nous sommes adaptés et nous louons ce hangar pour des shootings et des tournages afin de continuer à générer des revenus pour l’association.

Comment s’organise l’association Buncoeur Damoclès ?

Le samedi, c’est la journée des bénévoles : l’après-midi est consacrée à éplucher, couper et mixer des légumes pour les soupes que nous distribuerons le soir venu entre la Gare de l’Est et Stalingrad. Pour compléter, des boulangeries et supermarchés parisiens nous donnent aussi leurs invendus.

Le reste de la semaine, avec mon équipe, nous organisons jusqu’à 3 maraudes, notamment afin de rechercher les nouveaux lieux où se réunissent les sans-abris. Après repérages, nous communiquons ces endroits aux nouvelles associations qui émergent de plus en plus depuis le début de la crise sanitaire. Ainsi elles pourront y faire leur distribution, ce qui permettra de couvrir un maximum de lieux stratégiques.  

En parallèle j’interviens dans les groupes scouts, mais aussi auprès des collèges et des lycées pour collecter des couvertures, habits et produits hygiéniques. Tout ce qui est collecté est d’abord distribué aux personnes en situation précaire de Paris. Nous avons aussi établi un partenariat avec l’association Salam, qui vient en aide aux migrants. Nous essayons régulièrement d’aller à Calais et nous y passons la journée pour distribuer de la soupe, et les dons que nous avons récoltés.

Comment fais-tu le lien entre tes engagements en tant que scout et au sein de ton association ?

J’utilise aussi ma casquette de scout pour mobiliser les jeunes dynamiques de mon groupe de Maisons-Laffitte et des groupes voisins, qui ont déjà mis en place des collectes de légumes, de couvertures … Ils ont aussi pour projet de venir nous aider pour la préparation de la soupe, et nous allons essayer d’organiser des maraudes avec les plus âgés. Beaucoup de groupes sont intéressés car c’est une action qui entre dans la pédagogie des Scouts et Guides de France, et c’est tant mieux. Nous avons encore besoin de volontaires pour faire le tri, faire des machines, récolter des légumes …

Moi-même par cette action, j’essaye de faire de mon mieux pour répondre à la vocation du scoutisme : aider les gens. En fait j’aime particulièrement la citation de Baden-Powell « le bonheur ne vient pas à celui qui l’attend assis », et moi mon bonheur c’est de rendre heureux.